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Nous sommes arrivé en pleine nuit sous une pluie fine et tiède. Nous sommes allés nous coucher à la lumière des lampes à pétrole sans pouvoir mesurer vraiment notre situation géographique, ni notre environnement. Cette nuit là, puis chacune des nuits suivantes nous avons été bercés par le sifflement assourdissant des insectes, les hurlements des singes et le grondement des énormes rouleaux de l’atlantique qui venait s’écraser sur la plage. Loin de la civilisation, nous avons passé près de quatre semaines entre jungle et océan, à profiter du silence et du bonheur d’être ensemble. Nous devions tous les deux à trois jours nous rendre à San Pedro pour nous ravitailler et faire de la glace afin de remplir nos immenses glacières. Nous ne le savions pas encore mais l’atmosphère électrique que nous devinions lorsque nous devions franchir les barrages à l’entrée de la ville, avec ces gamins en treillis fusil à la main, allait bientôt laisser place à la guerre civile entre les rebelles de Guillaume Soro et les troupes du président Gbagbo. Mais notre isolement volontaire, accentué par le fait que notre véhicule nous avait lâché en pleine jungle nous empêchait de saisir ce qui allait éclater quelques jours à peine après notre retour en France. Nous n’étions entourés que par des kilomètres de plages désertes et un immense mur végétal, que seul les chasseurs du village voisin affrontaient chaque jour pour relever leurs pièges, loin du tumulte et de la folie des citées. Nous étions, ou du moins nous nous sentions « seuls au monde ». En fait nous côtoyions uniquement les habitants du village de huttes voisin situé à trois cents mètres de notre case, quelques familles de pêcheurs et d'agriculteurs. Chaque jour Léa-Lou qui avait 9 ans, disparaissait à la chasse aux crabes avec les enfants des pêcheurs, ou aidait les filles de son âge qui vaquaient déjà aux tâches domestiques pendant que les femmes travaillaient aux champs et que les hommes pêchaient ou réparaient les toits des cases. Nous avons été gâtés, nous avons tant ri avec Victor, Samuel, Marius et les autres qui nous ont laissé partager leur quotidien et leurs légendes. Victor nous racontait le soir avec conviction, tel un griot, les légendes de son ethnie d’origine, les Baoulées. Nous les avons quitté avec tellement de tristesse … Nous pensons encore à eux souvent. Les évènements qui ont suivi, quelques semaines après notre départ, nous ont fait perdre définitivement le contact. Nous nous sommes nourris de fruits, de poissons et d’attiéke, de manioc et de sauce feuille, d’huile rouge… et d'amitié. Un régal de chaque jour , un paradis perdu quasiment vierge… dans lequel la paix régnait encore.
Côte d'Ivoire
Notre fils Viktor était âgé de 26 mois en juillet 2002 lorsque nous sommes partis en Côte d’Ivoire. Il a appelé notre case à Kounoukou : "La maison au sable"… Cette case était posée à même le sable, face à la mer, dos à la jungle. Viktor pouvait ainsi jouer dans le sable en descendant de son lit et cela l’a émerveillé ! Du haut de ses 2 ans, il avait l’impression que nous avions planté la maison au milieu d’un immense bac à sable, uniquement pour son plaisir et celui de sa sœur. Seule une piste ravinnée par les pluies et longue d’une quinzaine de kilomètres nous reliait à une route. Puis 20km de cette route mal goudronnée filait vers la première ville. Aucun autre signe de civilisation avant 40km à la ronde... Il fallait en principe 4h30 en voiture pour effectuer les 250KM séparant Kounoukou d’Abidjan, mais cela nous a pris presque le double car notre voiture est tombée en panne trois fois. Dès cette première journée, la phrase que nous avons le plus prononcée en Côte d’Ivoire a été: « C’est ça l’Afrique! » petit slogan pour nous remonter le moral et nous armer de patience. Nous avions découvert cette case loin de tout après un étrange concours de circonstance. C’est le contact d’un contact que nous n’avions jamais rencontré autrement que par mail, qui nous avait proposé de louer cette case sans eau, sans puits, sans électricité et sans groupe électrogène à plus de 40km de la première ville… En posant le pied à l’aéroport d’Abidjan, nous ne savions même pas si cette maison de planches existait vraiment. Nous avions versé une avance par chèque et par courrier à un inconnu à l’accent africain, après un unique et curieux échange téléphonique. Cette personne avait arrangé un rendez-vous avec un restaurateur (un cousin) dans la banlieue d’Abidjan qui nous mènerait à cette fameuse case dans un confortable 4x4… Par sécurité, nous avions réservé une chambre d’hôtel en ville. Mais deux Ivoiriens, Victor et Samuel, nous attendaient bien sur le parking de l'aéroport, devant une vieille Peugeot toute cabossée. Nous ne verrons jamais le 4x4, mais la case existait bien. Pour arriver jusqu’à Kounoukou, après avoir effectué ces 250 km ponctués par les pannes, nous avons traversé lentement la forêt primaire de nuit, éclairés par les seuls phares de notre vieille voiture poussive et bringuebalante, sur une piste jonchée de troncs d’arbres et de branches brisées. La plage de Kounoukou était située sur la côte ouest de la Côte d'Ivoire, entre la ville portuaire de Sassandra et celle de San Pedro. La ville de San Pedro est tristement connue pour héberger l’un des plus grands bidonvilles d’Afrique de l’ouest.
Côte d'Ivoire
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