L'Inde
Après six mois d’itinérance dans le sud est asiatique nous nous sommes posés sur le sol indien. C’était l’ultime étape de notre voyage. Nous sommes arrivés dans cet immense pays imprégnés des récits de tous ceux qui n’avaient pas supporté la misère, la saleté inimaginable, la foule oppressante. Nous avions en tête les témoignages de ceux qui avaient tout abandonné pour épouser la culture indienne et de ceux qui sont revenus déçus. Nous appréhendions cette rencontre. Nous étions curieux de savoir quelles seraient nos réactions face à cette société si différente de la nôtre. Pendant cinq mois nous avons vécu dans ce pays. Nous avons trouvé en une dizaine de jours un appartement à Chennai, capitale tentaculaire du Tamil Nadu et quatrième plus grande ville indienne avec ses quatre millions d’habitants. Nous avons posé nos valises dans un petit meublé, situé dans un quartier résidentiel au nord ouest de la ville. Comme lorsque nous vivions sur l’Ile aux Nattes, à Madagascar, nous avons régulièrement quitté Chennai pour partir à la découverte d’un des plus incroyables pays du monde. Nous avons été éblouis par l’infinie diversité des paysages. Nous avons passé quatre jours à dos de dromadaire dans le grand désert du Thar, dormant dans les dunes de sable, sous les étoiles. Nous nous sommes perdus lors d’un trek sans guide dans les sentiers à flanc de montagne du Kerala. Nous avons découvert les back waters de Calicut dans une longue pirogue qui habituellement transportait du sable, puis les immenses mangroves d’Allepey dans le confort d’un minuscule house-Boat. Chacun des différents états de ce continent nous a donné l’occasion de nous émerveiller tant sa faune et sa flore sont exceptionnelles. Nous avons parcourus des réserves et des kilomètres de forêts protégées, observé les dernières lionnes d’Asie et de nombreux animaux sauvages. Nous avons été bousculés par la misère. En Inde, la pauvreté n’est pas pire qu’ailleurs, elle n’est pas moins supportable, elle est partout. Ce sont des milliers de gens qui dorment dans les rues, qui vivent dans les poubelles, ce sont des dizaines de femmes qui mendient portant dans leurs bras un bébé infirme. Le contraste de la richesse et de la misère est d’autant plus insupportable. En Inde, la misère fait partie intégrante de la société. L’hindouisme n’est pas seulement constitué d’un ensemble de rites qui régissent la vie domestique et privée il définit également une organisation sociale qui compartimente la société en castes, les brahmanes, les guerriers, les commerçants et les industriels, les paysans et les ouvriers. L’hindouisme met en marge de la société deux cent millions d’individus : les "hors caste", les "intouchables". Gandhi s’est battu pour que les intouchables ne soient plus des exclus, pour qu’ils acquièrent les mêmes droits que le reste de la population et cessent d’être condamnés avant même leur naissance. Depuis l’indépendance, en 1947, la constitution indienne a aboli le système des castes. Mais cette situation de servitude des uns semble profiter au mieux lotis des castes supérieures. Car les « parias » vaquent à toutes les tâches dégradantes de la société : ils nettoient les excréments humains, ils se chargent des cadavres, ils ramassent les ordures. Malgré des lois qui tendent à rétablir un meilleur respect des droits de l’homme avec l’établissement de quotas pour leur permettre d’accéder à l’enseignement, seule la tradition est vraiment respectée. Le combat des intouchables semble loin d’être terminé. Ils seront encore des millions, pendant de longues années à ramasser les excréments des autres, à trier les ordures avec les mains, à subir coups et humiliations avant de pouvoir aspirer à la condition d’être humain.
Il y a peu de temps encore ils signalaient leur présence en faisant tinter une clochette pour que leur ombre ne vienne pas souiller un « bien né », aujourd’hui ils sont encore trop nombreux à être humiliés ou battus uniquement parce qu’ils sont « mal nés ». Nous avons trouvé indigne d’une démocratie cette insupportable ségrégation. Mais l’Inde pourra t’elle un jour renier les principes fondamentaux de sa théologie en vivant en bonne communauté, tous ensemble ? Nous avons été choqués par la pollution omniprésente qui souille et ruine l’environnement du pays : trottoirs, routes, forets jonchées de détritus en tout genre. Les vaches sacrées se nourrissent d’ordures sur les trottoirs des villes, piètres festins pour des représentantes de dieux. Les odeurs d’excréments et de décomposition vous assaillent où que vous soyez. Aucun lieu n’est épargné, les temples, comme les fleuves sacrés. Les indiens se lavent et font leur lessive, leur cuisine avec une eau polluée qui souvent empeste. Les grandes villes sont saturées de voitures et l’air y est irrespirable. Chaque fois que nous prenions un auto rickshaw nous avions les yeux irrités, la gorge qui piquait. Nous qui considérions Paris comme une ville polluée et embouteillée nous avons été horrifiés par le trafic anarchique et chaotique de Calcutta, Chennai, Ahmedabad, Calicut et même Munar. Non seulement le véhicule est roi mais plus il est gros et plus son conducteur s’accorde de droits. Dans les rues indiennes règne la loi du plus fort, personne ne cède la place, il faut rouler, passer à tout prix quel qu’en soit le prix. Pourtant d’immenses panneaux publicitaires très violents, montrent des cadavres sanguinolents dans des voitures déchiquetés et exhortent les conducteurs à la prudence. Cela ne semble pas vraiment efficace lorsqu’on constate le nombre d’accidents et de victimes de la route. Les Indiens n’ont aucun civisme, la surpopulation engendre les pires maux, et vivre auprès d’eux a mis nos nerfs d’occidentaux à rude épreuve. Sans cesse il a fallu se battre : pour traverser la rue car les feux et les passages piétons sont inexistants, parce qu’aucun automobiliste ne s’arrêtera pour vous laisser traverser même si vous avez un bébé dans les bras, même si vous êtes infirme… il vous faut du courage et courir. Nous avons été bousculés dans les files d’attente, aux caisses des magasins, aux guichets des gares. Parce que dans ce pays à la population démesurée il faut donner du coude pour exister. Les Indiens ne respectent personne car le plus fort est le premier servi. Une seule règle : pas de règles… Chaque fois que nous tentions de leur faire comprendre que leur comportement désorganisé et discourtois ne créait que chaos et perte de temps, nos interlocuteurs nous regardaient, incrédules, avec des grands yeux ronds … Nous avons savouré leur délicieuse et savante cuisine faite de mélanges subtils d’épices. Nous avons été subjugués par les merveilles de ce pays qui semblent si fragiles. La musique, la danse, l’art nous ont tour à tour séduits et émus. Nous avons caressé de nos yeux la beauté de ce peuple si multiple. Nous avons sympathisé avec nos jeunes voisins de palier, nous avons fréquenté les mêmes commerçants dans les mêmes marchés, nous avons pris nos habitudes, nous avons aimé cette vie indienne. Nous nous sommes finalement sentis chez eux, un peu chez nous si bien intégrés, si facilement admis. Lorsque arrivés en France, après ce long voyage, nous avons passé la douane, en provenance de Calcutta, un jeune douanier nous a demandé si nous parlions français ! Nous avons pris la remarque pour un compliment. Quelque chose en nous avait peut être finalement changé. [En page "Liens" plusieurs livres sur l'Inde et l'hindouisme à découvrir]
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Un extrait de notre séjour de + de 6 mois en Inde ! Cet extrait est proposé au format 428x240. Pour obtenir le film complet et commenté en Haute Définition nous écrire !
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