Laos page 1
Nous avions prévu de traverser la frontière entre le Cambodge et le Laos à Stung Treng en bateau, en suivant le cours du Mékong. Mais le niveau du Mékong était trop bas, nous avons été contraints de modifier nos plans. Le départ était prévu pour le lendemain en camionnette. Nous avons négocié notre passage avec un jeune Khmer, uniquement sur la base de la confiance, sans trop savoir ce qui nous attendait. Nous avons d’abord pris une barque à sept heures du matin pour traverser le Sékong. Première étape. Ensuite, nous avons changé plusieurs fois de véhicule, les attendant sur le bord de la route seuls au milieu de nulle part, puis après avoir roulé à l’arrière d’un pick-up, plusieurs heures harassantes sur une piste de latérite défoncée, nous sommes enfin arrivés, couverts de poussière, sur la rive du Mékong proche d’un petit havre de paix, l’île de Don Det, cernée par 4000 îles et îlots... Les enfants ont stoïquement supporté la fatigue du trajet sans se plaindre une seule fois. Francis s’est violemment énervé contre le chauffeur du pick-up qui voulait nous soutirer quelques dollars supplémentaires. Nous pouvons comprendre qu’il est tentant de soutirer quelques dollars de plus à un touriste, mais il ne faut pas dépasser les limites du respect et surtout, de la parole donnée… Nous avons appris à gérer cette situation et à nous en sortir sans trop de difficulté… Francis a levé le ton si fort certaines fois, que les enfants étaient effrayés. Ces altercations parfois brutales se terminaient souvent par une tape dans le dos, et un mot d’humour ! Arrivés sur cet îlot planté sur le Mékong dans la région de Si phan Don, nous nous sommes reposés. Nous avions besoin de reprendre des forces. Nous avons donc pris le rythme du pays. La nonchalance des villageois est devenue nôtre. Pendant dix jours notre seul objectif a été de ne rien faire. Et c’est avec difficulté que nous nous sommes extraits de ce bucolique paysage pour continuer notre découverte du Laos. Mais, c’est finalement sans regrets que nous avons quitté Dondet et ses buffles, les baignades dans les eaux boueuses du Mékong et la sympathie des îliens après d’interminables siestes dans des hamacs bercés par une brise hypnotique. La "vraie vie" était ailleurs, cette escale n’était qu’une pause attendue par nos corps affaiblis par nos problèmes de nourriture au Cambodge. A Vientiane nous avons repris des forces, nous avons surtout rencontré Jean qui allait nous permettre de découvrir le Laos, son Laos aimé. Nous n’aurions jamais pu découvrir mieux ce pays sans cette rencontre inespérée, sans ce baroudeur cocasse, passionné et sexagénaire, parlant couramment le lao. Ceux qui voyagent savent que les rencontres tiennent une part importante dans leur l'itinéraire !
A bord de sa vieille jeep, nous avons sillonné des pistes qui nous ont mené dans des villages inexplorés depuis des années, nous avons traversé des ponts branlants à la recherche de cascades enfouies et visité des mines fantômes au fin fond du pays. Nous avons franchi de nuit des rivières au milieu de la jungle… Nous ne pensons jamais au Laos sans évoquer l’amitié qui nous lie désormais à Jean. Après la rudesse du Cambodge, le Laos avec ses villes propres et agréables donne une impression de morne quiétude. Il règne comme un air de sérénité. Mais en parlant avec Jean, avec les Laotiens et quelques expatriés installés là depuis longtemps, nous apprenons que seule une petite partie de la population profite des investissements étrangers et de l’abondance d’organisations humanitaires… Ici beaucoup d'occidentaux roulent dans de luxueuses voitures, habitent de somptueuses maisons coloniales ombragées et bien gardées… payées avec les dollars de l’humanitaire. Mais pour les laotiens qui subissent une dictature communiste, certes discrète mais présente et pesante, il leur faut des autorisations pour traverser le pays ou déménager. Les populations sont surveillées et contenues, il n’existe pas d’exode rural mais le gouvernement peut déplacer des villages sans l’avis des villageois. Nous sommes bien loin de l’idéal démocratique. Lorsque nous avons pris le bus pour nous rendre dans le nord du pays, nous avons entendu toutes sortes d’histoires concernant l’insécurité de certaines routes. Des étrangers enlevés, assassinés par des bandits, des bus attaqués… nous n’avons donc pas été surpris de voir des gardiens armés de kalachnikovs à l’intérieur de notre bus. Mais nous étions inquiets car nous n’aimons pas les armes à feu. Dès notre retour, nous avons cherché à approfondir ce que nous avions ressenti. Nous avons lu le livre de Cyril Payen qui raconte le calvaire d’un groupe d’hommes de l’ethnie Mhong, des femmes à bout de force, des enfants affamés et des vieillards actuellement pourchassés et assassinés depuis des années, par le gouvernement Lao et Vietnamien pour avoir participé au coté des français et des américains aux conflits de l’Indochine. Depuis nous avons eu le temps de nous informer et d’apprendre davantage sur ce petit pays protégé par le monde occidental. Encore une fois nous nous indignons: décidément les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Ainsi l’occident condamne les uns à l’isolement et gratifie les autres d’aides humanitaires et de dollars en faisant semblant de ne pas voir ce qui est à peine dissimulé. Ce qui est profondément injuste, c’est que chaque fois que le monde inflige des sanctions aux gouvernements indignes, ce sont toujours les mêmes qui souffrent : les plus faibles, les plus démunis. [en page "Liens" le livre de Cyril Payen]
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